L’Affaire Marie-Claire : retour sur le procès de Bobigny

L'AFFAIRE MARIE-CLAIRE © Marie-Camille Orlando / 2026 - QUAD - FAM - ADNP - GAUMONT - FRANCE 3 CINEMA

“Il faut que la honte change de camp”. Cinquante ans avant le procès des viols de Mazan, une autre Gisèle prononçait cette formule devenue célèbre, et faisait ainsi basculer une affaire de fait-divers en un procès pour l’Histoire. Présenté en Séances Spéciales, L’Affaire Marie-Claire de Lauriane Escaffre et Yvo Muller revient sur ce procès de Bobigny mené par l’avocate Gisèle Halimi, en 1972. Cette dernière est incarnée par Charlotte Gainsbourg.

À l’automne 1971, Marie-Claire Chevalier, une lycéenne de seize ans se fait violer par un camarade de classe. Quelques mois plus tard, elle s’aperçoit qu’elle est enceinte, et demande à sa mère de l’aider à avorter. Cette dernière accepte et, aidée par une amie, elles se rendent chez une “faiseuse d’anges”, qui pratique l’avortement, encore lourdement réprimé pénalement. C’est le violeur lui-même qui dénonce Marie-Claire aux autorités.  

Lorsque les deux femmes se mettent en quête d’une défense, Michèle Chevalier se souvient du livre Djamila Boupacha, sur une militante du FLN, violée et torturée par l’armée française. Le livre est coécrit par Simone de Beauvoir et l’avocate de la victime, Gisèle Halimi. Militante anticolonialiste franco-tunisienne, elle soutient très tôt l’indépendance de l’Algérie, la cause palestinienne, mais aussi celle des femmes. Gisèle Halimi accepte de défendre cette employée de la RATP et sa fille, mais prend le pari de faire, non pas le procès de deux femmes, mais le procès d’une loi.  

La stratégie de l’avocate consiste notamment à médiatiser le procès, soutenu par des associations féministes comme Choisir, en y faisant venir des personnalités publiques, Delphine Seyrig en tête. Le 8 novembre 1972, après une plaidoirie historique de Gisèle Halimi, le verdict est rendu : c’est une victoire, les accusées sont toutes, ou relaxées, ou condamnées à une peine avec sursis.  

Le procès de Bobigny aura un impact considérable, trois ans plus tard, sur la Loi Veil de 1975, qui a officiellement dépénalisé l’IVG en France.