L’Innocente : quand Visconti filme l’ego masculin

Luchino VISCONTI

Présenté cette année à Cannes Classics, L’Innocente marque le retour du dernier film de Luchino Visconti au Festival de Cannes, près de cinquante ans après sa première projection en 1976. Le réalisateur du Guépard filme l’aristocratie et la domination masculine dans ce qui sera son dernier film.

Adapté du roman de Gabriele D’Annunzio, le long métrage suit Tullio Hermil, aristocrate romain aussi séduisant que toxique, interprété par Giancarlo Giannini. Convaincu d’être un homme libre et moderne, celui-ci multiplie les maîtresses sous les yeux de son épouse Giuliana, jouée par Laura Antonelli. Jusqu’au moment où cette dernière tombe amoureuse à son tour d’un autre homme et devient enceinte. 

Affaibli par un AVC, presque paralysé, Luchino Visconti tourne son dernier film depuis son fauteuil roulant. Initialement, le réalisateur rêvait de réunir Alain Delon, Romy Schneider et Helmut Berger. Finalement, il dirige Giancarlo Giannini aux côtés de Laura Antonelli et Jennifer O’Neill.  

Luchino Visconti filme un homme incapable d’accepter la liberté féminine qu’il revendique pourtant pour lui-même. Tout ce que Tullio considère comme moderne ou libre devient insupportable dès que Giuliana s’autorise le même désir. 

À Cannes, en 1976, L’Innocente avait été accueilli plutôt froidement. Cette année, il revient restauré dans une copie 4K, réalisée par la Fondazione Cineteca di Bologna en collaboration avec MFE-MEDIAFOREUROPE N.V, RTI et StudioCanal. 

L’Innocente peint le portrait d’hommes persuadés d’être progressistes tant que les règles continuent de les arranger. Sous les costumes du XIXe siècle, le film parle déjà (on est en 1976) d’ego, de possession affective et de masculinité. Des thématiques qui résonnent avec les combats d’aujourd’hui.