Olivier Clert : “Le monde est dur et il faut des œuvres qui sachent en parler aux enfants.”
Cannes 2026, année de l’animation ? Après Tangles, Le Corset et Jim Queen, focus sur un dernier long métrage d’animation, Lucy Lost, adapté du roman “Le mystère de Lucy Lost” de Michael Morpurgo. Rencontre avec son réalisateur, Olivier Clert, et son producteur, Marc du Pontavice.
Lucy vit avec sa famille dans un village sur une île isolée. Ses dons extraordinaires suscitent le rejet des habitants. Mais lorsqu’elle rencontre Milly, une petite fille qu’elle seule peut voir, Lucy embarque dans une grande aventure pour percer le secret de ses mystérieux pouvoirs.
Quelle est la première image qui vous est venue à l’esprit pour le film ?
Olivier Clert : Dans le livre, il y a deux histoires parallèles et les deux personnages de chaque histoire ne se rencontrent jamais. Pour Lucy Lost, j’ai eu envie de les faire se rencontrer et c’est la première image qui m’est venue, celle de ce lien entre les deux petites filles du film.
Quelle thématique du livre a résonné en vous ?
Marc du Pontavice : Le sujet de l’intolérance traverse tout le livre, et peut-être encore plus le film. Mais aussi celui de l’acceptation, par soi-même, de sa propre différence. C’est présent autour de Lucy, dans son village, à l’école, avec les autres enfants, mais aussi de façon plus large dans le contexte de guerre et de peur de l’étranger. Il y a autre chose qui me touche particulièrement, c’est le pouvoir de l’imaginaire chez les enfants et leur capacité à en faire usage pour surmonter leurs angoisses.
On sent dès l’ouverture une influence japonaise dans le dessin…
Marc du Pontavice : Le cinéma japonais ne craint pas de prendre le temps de la poésie, ce qui induit un rapport à l’image et à la narration très singulier. Cet espace poétique est indispensable dans cette histoire, le graphisme japonais est une inspiration mais reste lointain, nous avons trouvé notre propre identité.
Olivier Cert : Le style d’animation a été suggéré par le récit et le ton. On voulait quelque chose d’assez doux, de délicat, jouer avec des éléments comme le vent et l’eau. On voulait de la subtilité et intégrer des éléments de comédie par moments.
Quels défis ont été les plus difficiles à surmonter dans l’animation de ce film ?
Marc du Pontavice : Ce film assez contemplatif totalise 1800 plans, ce qui est colossal pour un film d’animation. C’est tout le paradoxe, entre la poésie d’une part, et le rythme de mise en scène très soutenu par ailleurs. Notre choix du dessin plutôt que celui de l’image assistée par ordinateur, c’est aussi d’aller chercher une certaine fragilité, ça apporte de l’expressivité aux personnages. Dans cette histoire, tout est dans le non-dit, dans l’intériorité, et ça passe par ce dessin et ce grain. C’est un pari extrêmement difficile à tenir et Olivier a tenu la barre de façon incroyable.
Comment avez-vous abordé la part de violence que comprend l’histoire de Lucy ?
Olivier Cert : On a tous connu des œuvres animées qui n’avaient pas peur d’aborder des thèmes très durs et on n’en est pas traumatisé. Quand j’étais enfant, ça m’a aidé de voir des exemples de résilience, de courage, d’entraide face à l’adversité. J’avais envie de réaliser un film dans la veine de ceux qui m’ont touché quand j’étais enfant. Le monde est difficile, compliqué, dur, violent, et il faut des œuvres qui sachent en parler aux enfants.
Marc du Pontavice : Ce serait une erreur de penser que quand on va au cinéma, c’est pour s’échapper de ce monde-là. Ça fait partie du processus de la construction d’un enfant que de voir ces mécanismes de violence à travers un récit. C’est lui donner une lecture et un chemin possible à travers cette violence et ça peut favoriser un échange entre les enfants et les parents.