The End of It, entretien avec Maria Martínez Bayona

THE END OF IT © Lluis Tudela

Catalane formée à la National Film and TV School de Londres, Maria Martínez Bayona présente The End of It à Cannes Première. Un premier long métrage au casting trois étoiles (Rebecca Hall, Gael Garcia Bernal, Noomi Rapace) dans lequel une artiste de 250 ans décide qu’elle en a assez de vivre. Rencontre avec une cinéaste qui a construit un monde à partir des questions qui l’obsèdent. 

D’où vient l’idée de The End of It ? 

Tout est parti d’un article que j’ai lu il y a quelques années. Quelque chose comme : la première personne qui vivra jusqu’à 1 000 ans est déjà née. Ça m’a complètement bouleversée, ça a touché quelque chose de très profond dans mes peurs personnelles du vieillissement et de la mort. J’ai commencé à imaginer à quoi ressembleraient la vie et la société si on atteignait ce point. Et puis j’ai pensé à notre obsession actuelle pour repousser la mort, effacer les rides, effacer toute trace du fait de vivre. Si on efface la mort, qu’est-ce qui arrive à nos relations, à nos motivations ? Au début du film, Claire (Rebecca Hall), évolue dans un contexte où tout semble parfait, sa vie est très privilégiée. Mais quelque chose cloche. C’est seulement lors de son 250e anniversaire qu’elle le voit : elle vit au milieu de l’absurdité, et elle veut s’arrêter. C’est le point de départ du personnage.  

Comment avez-vous construit le monde du film ? 

Il faut penser à presque tous les aspects de la vie et imaginer comment ils fonctionneraient dans ce contexte. La construction de ce monde est passée avant tout par la vie domestique : quel mobilier garde-t-on quand on ne déménage jamais, quels amis a-t-on, quels exercices on fait. Des choses les plus anodines aux plus profondes, on construit à partir de là. Et ce monde est davantage une accumulation de couches du passé que n’importe quoi d’autre.  

L’IA est un personnage à part entière. Comment écrit-on un personnage sans corps ? 

Pour moi, la motivation de Sarah, c’est la curiosité, vouloir savoir et comprendre ce que l’autre pense et ressent. C’est son travail. Dans un monde où les relations humaines sont si tendues et si dormantes, j’ai trouvé intéressant d’explorer ce que cette curiosité, cette amitié qu’une IA peut offrir, pourrait signifier. Elle est presque une figure maternelle. C’est une approche très différente de l’IA.  

Et il y a trois autres acteurs, en chair et en os… 

Pour un premier long métrage, avoir un casting de ce niveau est un privilège (Rebecca Hall, Gael Garcia Bernal, Noomi Rapace). L’essence de chaque personnage est restée la même, mais ils les ont tous élevés, en apportant leurs propres sensibilités. Nous avons tourné sur l’île de Tenerife : il n’y a qu’une seule route qui en fait le tour, le vent est constant, la météo change sans arrêt. On a fait passer Rebecca par le vent, la pluie, l’eau, le froid, elle a vraiment goûté à toute la palette des états physiques. Mais c’est une guerrière, elle a tout donné. 

Vous citez Julia Ducournau, Yorgos Lanthimos, Jonathan Glazer comme références. Où se situe The End of It dans ce paysage ? 

C’est une science-fiction, c’est un drame familial, une comédie noire. Un film existentiel, mais abordé avec légèreté, sans oublier l’absurdité de vivre. J’aime aussi Buñuel, Östlund, Todd Haynes. Ce qui les relie pour moi, ce n’est pas le genre mais la voix. Si vous me demandez quel genre de films je préfère, je préfère ceux où l’on sent que quelqu’un de particulier vous raconte une histoire.