Rencontre avec Marion Le Corroller, nouvelle figure du body horror à la française

SANGUINE © Windy Production

Le coup de frisson est passé après la projection de Sanguine en Séance de Minuit. Après avoir repris notre souffle, nous avons rencontré Marion Le Corroller. Elle nous parle de son premier long métrage, une satire body horror sur le burn out, portée par Mara Taquin en interne aux urgence et Karin Viard en cheffe de service.

Quelles étaient vos références sur ce film ?

Ari Aster et Yorgos Lanthimos. Ce sont mes deux maîtres de cinéma, pour leurs cadres, leur bizarrerie dans chacun des plans, pour le ton et l’audace de faire des films qui mettent mal à l’aise.

On compare déjà votre travail à ceux de Coralie Fargeat et Julia Ducournau. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Je trouve ça assez flatteur. Ce sont des femmes dont j’admire le travail, qui m’ont inspirée, qui ont ouvert la voie au film de genre. Mais je pense qu’on a chacune notre identité avec nos sujets propres. Il y a de la place pour toutes les femmes cinéastes et j’espère que l’an prochain, on parlera d’une nouvelle jeune femme qui viendra avec un film de body horror.

Et si on devait définir la patte Le Corroller ?

Le film est inspiré de mon histoire personnelle puisque j’ai moi-même fait un burn out à l’époque où je travaillais dans la finance. J’avais quelque chose de très intime et de très personnel à raconter. C’est difficile de définir sa propre identité mais dans le ton et dans les plans, c’est un film qui me ressemble.

En quoi le genre était la porte d’entrée idéale pour coller au sujet du burn out ?

C’est quelque chose que j’ai vécu dans mon propre corps donc je voulais le raconter de manière très charnelle, très organique. Le body horror est la meilleure arme pour ça. J’adore l’horreur et le body horror, c’est un style que je regarde depuis très jeune. Je n’avais pas envie de réaliser un film naturaliste sur ce sujet de société. Le film de genre possède cette double casquette, aussi bien enthousiasmante et jubilatoire que politiquement engagée.

Vous avez travaillé avec Pierre-Olivier Persin, reconnu pour son travail de maquillage effets spéciaux, dernièrement pour The Substance et Le Comte de Monte Cristo. Quel a été l’enjeu de cette collaboration ?

Il fallait créer une mutation singulière. Après un important travail en amont, de recherche, de de formes, de couleurs, de textures. Nous avons travaillé les détails avec des petites veines pour rendre ça très crédible. C’était incroyable de travailler avec quelqu’un qui est vraiment un artiste, il fabrique des pièces uniques, comme un peintre travaillerait un tableau.

Comment avez-vous conçu la manière de filmer le corps de Mara Taquin dans les scènes où l’actrice est nue ?

J’avais envie de filmer un corps de femme qui ne soit ni glamour, ni sexy, qui puisse être repoussant, malade, suintant. Et en même temps, je voulais être au cœur du réacteur, au plus près de la chair, comme si j’étais en train de disséquer ce qui traversait ce corps de manière microscopique. C’est pour ça que j’utilise des plans très serrés sur elle. Ce n’est pas juste faire du genre pour faire du genre. Chaque plan est justifié.