Rendez-vous avec Cate Blanchett
Actrice lauréate de deux Oscars et trois Golden Globes, productrice, présidente du Jury des Longs Métrages en 2018, Cate Blanchett était l’invitée du Festival pour un Rendez-vous sous le signe de la sincérité. Elle s’est livrée sur son parcours, ses engagements et sa méthode de travail, dans un subtil mélange de respect pour son auditoire, de précision et d’humour caustique. Morceaux choisis.
Sur son rôle de Présidente du Jury en 2018
C’était un plaisir de s’immerger dans la vision des autres. Mais une responsabilité énorme. J’ai appelé Guillermo Del Toro (Président du Jury de La Mostra en 2018) et il m’a dit, « arrive en premier et change de siège à chaque séance ». Ça semble banal, mais quand vous vous asseyez toujours au même endroit, c’est toujours la même personne qui parle en premier. Aussi, être juré, ça n’est pas une question de goût, c’est une question d’attention à ce que le cinéaste essaie de faire. Certains films, je ne les ai pas reçus au premier visionnage. Un membre du jury disait : c’est un chef-d’œuvre. Je retournais le voir à 9h du matin. Les délibérations ? C’était comme être dans une loge maçonnique, une société secrète. Le jury était divin.
Sur la parité et #MeToo
Je fais le décompte tous les matins sur mes tournages. Il y a 10 femmes, 75 hommes. J’adore les hommes. Mais les blagues se font toujours. Ça finit juste par être ennuyeux. #MeToo a permis de parler avec une relative sécurité. Ça a révélé une couche systémique d’abus. Si vous étouffez ce problème, vous ne pouvez pas avancer. Les « inclusion riders », les « green riders », très vite, les studios disent : on a notre propre version. Il y a de l’hypocrisie aussi, j’ai eu beaucoup d’expériences où j’arrive sur un plateau et les gens sortent en catastrophe les poubelles de recyclage. « Elle arrive, faisons semblant qu’on fait quelque chose ».
Sur sa passion du jeu
Elle est intacte, regardez avec qui j’ai eu la chance de jouer ! En revanche je suis très lente. Les deux premiers jours, je demande à me promener sur les lieux de tournage, je ne veux pas jouer, ça doit venir de mon expérience au théâtre. Ce qui n’a pas changé, c’est que je commence toujours par ne pas savoir. L’artiste plasticien Richard Serra disait : « Si vous pouvez sentir ce que va devenir la sculpture, passez-la à quelqu’un d’autre. » Et l’anxiété est importante. Elle signifie vous avez la chance de traverser quelque chose de nouveau.
Sur Babel
Iñárritu adore le chaos. Le premier jour, Brad (Pitt) et moi avons tourné une scène. Il s’approche et dit : « C’est nul, il n’y a rien ici ». Ça vous met en danger. C’est une direction. Parfois un réalisateur dirige avec amour, mais un amour incroyablement exigeant. Ce regard dans le bus dans Babel ? C’était peut-être juste la peur qu’il revienne me dire que c’était nul.
Sur The Aviator
Scorsese m’a dit : « Elle n’a pas besoin d’être rousse, elle peut juste vous ressembler ». Il me libérait de l’idée que je devais faire une imitation de Katharine Hepburn. Mon travail était d’être dans le film que Scorsese était en train de faire, pas de présenter un one-woman-show sur Katharine Hepburn.
Sur son engagement humanitaire
Il y a dix ans, 60 millions de personnes étaient déplacées. Aujourd’hui, plus de 120 millions. Quand vous êtes déplacé, vous ne cessez pas d’être cinéaste. La durée moyenne d’un déplacement : 19 ans. Toute une carrière perdue. Nous avons lancé un fonds ici, à Cannes, cinquante mille dollars pour cinq cinéastes déplacés établis. Demain, nous annonçons le deuxième round. Les festivals sont un peu comme des ours polaires sur des blocs de glace. C’est là que se font la discussion et la dissémination, pas seulement des films, mais de ce qui traverse la société.