Retour sur le tournage de L’Aventure rêvée de Valeska Grisebach

DAS GETRÄUMTE ABENTEUER © Bernhard Keller

EN SALLE LE 15 JUILLET – L’Aventure rêvée , réalisé par Valeska Grisebach, avec Yana Radeva, Syuleyman Alilov Letifov, Stoicho Kostadinovr est désormais en salle en France !

[Retour sur l’avant-première cannoise]

Après Western, Valeska Grisebach revient en Compétition avec son nouveau long métrage Das geträumte Abenteuer (L’Aventure rêvée). Le film suit Veska, une archéologue qui travaille dans une ville frontalière de Bulgarie, à la croisée de la Grèce et de la Turquie, où elle voit resurgir une ancienne connaissance, Saïd. Peu à peu, cette rencontre la ramène vers des zones d’ombre liées à son passé. Retour sur un tournage… au plus près de la réalité

On pourrait dire que le cinéma de Valeska Grisebach est un cinéma du réel. Avec L’Aventure rêvée, la réalisatrice poursuit une réalisation fondée sur une méthode ouverte, faite d’échanges et d’observation. Le scénario lui-même n’a rien de classique : plutôt un « texte en prose », des situations, des directions, qui prennent forme au contact des lieux et des personnes.

“Ce que j’aime, c’est cette tension entre ce qu’on a écrit et ce qui arrive.”

Le choix de ses acteurs illustre cette démarche. Valeska Grisebach travaille presque exclusivement avec des acteurs non professionnels : “Ce n’était pas une question d’idéologie”, précise-t-elle. “C’était simplement parce que ça avait du sens par rapport à ma façon de travailler.” Parmi plus de mille femmes auditionnées, c’est une rencontre inopinée qui s’impose. “On a rencontrée Yeva (l’actrice principale incarnant Veska) dans la rue. J’ai été impressionnée par son élégance, son charisme.”

Le réel n’est donc pas un décor : il agit. Il modifie les lignes, déplace les intentions, le réécrit même « Les gens racontent des histoires, montrent des aspects de leur vie personnelle, et cela modifie aussi le genre », confie-t-elle. Toutefois, le tournage n’est pas livré à l’improvisation. L’imprévu existe, mais il s’inscrit dans un cadre déjà travaillé. Ce qui compte, c’est plutôt une forme de disponibilité.

Cette manière de travailler prolonge une trajectoire entamée dès ses débuts documentaires, dont Valeska Grisebach revendique encore l’héritage. Faire des films, pour elle, c’est avant tout sortir, rencontrer, observer. Depuis Western, la Bulgarie occupe une place centrale dans son cinéma. Un choix qui n’a rien d’anodin. « C’était clair dès le début que j’y retournerais », explique-t-elle. Ce retour s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’Europe et ses fractures. « Quand j’étais en Bulgarie, j’ai réalisé à quel point ma vision de l’Europe était limitée. »

“Je pense que faire des films, c’est avant tout entrer en contact avec les gens. Et parfois, ne pas tout savoir.” Et c’est ce qui rend son cinéma si beau.