Du quai d’Orsay à Cannes : dans la tête d’Antonin Baudry, réalisateur de La Bataille De Gaulle : L’Âge de fer

LA BATAILLE DE GAULLE : L'ÂGE DE FER © Guy Ferrandis

C’est la première sélection cannoise pour Antonin Baudry. Son film La Bataille de Gaulle : l’Âge de fer, présenté Hors Compétition, revient sur le parcours du général De Gaulle durant la seconde guerre mondiale. Derrière ce film, se cache un réalisateur hors normes passé par les mathématiques, la diplomatie et la bande dessinée. Portrait. 

« À l’époque, je faisais surtout des maths et j’allais voir des films pour me détendre. Aujourd’hui, c’est l’inverse. » Avant d’être réalisateur, Antonin Baudry a vécu mille vies.  

Polytechnique. L’ENS. Sur le papier, tout semblait le conduire vers les sommets de l’État français plutôt que vers les plateaux de tournage. « Les réalisateurs que j’admirais avaient déjà vécu des choses. Ils avaient un rapport au monde. Moi, je ne voulais pas juste sortir d’une école et faire des films. » Alors il vit. Beaucoup. Il devient diplomate, travaille dans les ambassades françaises, rejoint Dominique de Villepin au Quai d’Orsay puis à Matignon. Pendant plusieurs années, il observe les mécanismes du pouvoir de l’intérieur. « Quand on voit ce genre de lieux de près, on comprend que derrière une porte de bureau, n’importe quoi peut arriver. »  

Peu à peu, il se rapproche du cinéma. Sous le pseudonyme d’Abel Lanzac, il écrit la bande dessinée Quai d’Orsay avec Christophe Blain, inspirée de son expérience diplomatique pendant la crise irakienne. Bertrand Tavernier veut alors l’adapter. « Bertrand m’a un peu pris sous son aile », raconte-t-il avec émotion. On sent que cette rencontre a compté. Peut-être même qu’elle a rendu le cinéma soudain possible pour Antonin Baudry.

Il réalise son premier film Le Chant du loup en 2019. Aujourd’hui, il présente La Bataille De Gaulle : l’Âge de fer à Cannes. 

“ Je ne m’engage jamais dans un projet qui n’est pas une passion absolue. Parce que je sais que ça va être long, difficile, plein d’obstacles. ”

L’idée du film naît lors d’un déjeuner avec le producteur Jérôme Seydoux. Les deux hommes lisent le même livre : De Gaulle, une certaine idée de la France de Julian Jackson. Et si on l’adaptait ? 

Ce qui intéresse Antonin Baudry ce n’est pas le récit historique. « En 1940, De Gaulle est un inconnu complet. Tout le monde le prend pour un fou. Et pourtant, il refuse d’abandonner. » Dans son regard, De Gaulle devient presque un personnage de roman de chevalerie. Une figure qui avance envers et contre tous et qui finira par représenter tout un pays. La référence à Don Quichotte traverse d’ailleurs tout le film. « Ce n’est pas juste un clin d’œil », insiste-t-il. « Ce qui m’intéressait, c’était cette idée d’un homme qui refuse de renoncer alors que tout semble perdu. » 

Pendant plus de cinq ans, il travaille sur La Bataille De Gaulle (composé de l’âge de fer et J’écris ton nom).  Le projet est immense : deux films, deux œuvres autonomes, deux compositeurs différents, plus de 150 personnages…Malgré cette ampleur, le réalisateur parle avant tout de passion. « Je ne m’engage jamais dans un projet qui n’est pas une passion absolue. Parce que je sais que ça va être long, difficile, plein d’obstacles. »  

Le montage mélange images d’archives et scènes tournées avec une fluidité impressionnante en suivant à la fois De Gaulle et Fernand Bonnier de La Chapelle. Les personnages se croisent sans jamais perdre le spectateur. L’humour, l’absurde et le tragique se côtoie constamment. « On me demande souvent pourquoi il y a de l’humour. Mais je n’ai pas ajouté l’humour : il aurait fallu que je le retire. » ajoute le réalisateur. Et derrière la fresque historique apparaît surtout quelque chose de très actuel : la fragilité des démocraties. 

Et le Festival de Cannes dans tout ça ? 

« J’avoue que c’était un rêve. Si je continue d’en parler, je vais me mettre à pleurer ».