À la rencontre des lauréats du 79e Festival de Cannes
Tout juste récompensés, les lauréats du 79e Festival de Cannes se sont succédé à la tribune devant la presse internationale, à l’occasion d’une conférence de presse exceptionnelle. Morceaux choisis.
Cristian Mungiu, Palme d’or pour Fjord
On doit comprendre qu’il n’y a pas une seule vérité et qu’on peut survivre et vivre avec les autres, même si on ne partage pas les mêmes valeurs. Même si nous sommes convaincus que nos valeurs sont les meilleures, je ne crois pas que nous ayons le droit de les imposer.
Sans avoir ce dialogue, on va avoir un niveau de violences sociales intense. Et ce n’est pas pour nous, parce que nous avons un certain âge, mais pour nos enfants.
Andreï Zviaguintsev, Grand Prix pour Minotaure
On a écrit le scénario pendant un an et demi et je comprenais, dès l’époque, que je ne pouvais pas faire un film de genre, ni une comédie ou un film sentimental. Je n’en avais pas le droit parce que la Russie est aujourd’hui en pleine crise, parce que c’est un changement de l’être humain qui est en train de s’opérer aujourd’hui. Et moi, en tant que metteur en scène russe, si j’ai décidé de témoigner de la véritable vérité, c’est que je fais partie de ce corps.
Valeska Grisebach, Prix du Jury pour L’Aventure rêvée
Quand je parle à des personnes qui étaient jeunes à la chute du mur en 1989, je réalise à quel point nous sommes connectés et à quel point les expériences que nous avons vécues dans les différents pays nous ont séparés, ont fragmenté l’Europe et la paix. Et les échos de ce phénomène, on les entend encore aujourd’hui. C’est une époque très dure en Bulgarie pour les femmes, une époque très masculine, une ambiance de guerre.
Emmanuel Marre, Prix du scénario pour Notre salut
Je le prends comme une très belle surprise parce qu’effectivement, je vois le scénario comme un canevas immuable. C’est vrai que ce film s’est fait avec un scénario, mais il n’y a aucune scène qui a été jouée en le respectant. Et d’une certaine manière, ce Prix, je le prends pour moi, mais aussi pour tous les cinéastes qui, parfois, passent trois, quatre ans bloqués par leur scénarios
Javier Calvo et Javier Ambrossi, Prix de la mise en scène pour La Bola Negra
Pendant le montage, nos producteurs nous ont dit : “Il faudrait que vous l’ayez pour telle date si on veut le soumettre à Cannes pour la Sélection officielle.” On s’est dit qu’on n’y arriverait pas. Nos producteurs nous ont proposé qu’on leur montre le film. On les a conviés dans une salle de cinéma sans même avoir revu le montage, ils sont sortis de cette projection complètement bouleversés et ont dit : “Eh bien, vous feriez mieux de vous dépêcher.”
Virginie Efira et Tao Okamato, Prix d’interprétation féminie pour Soudain
Virginie Efira : C’est peut-être le tournage où j’ai le plus et le mieux compris que ce qui se passe en dehors des scènes est aussi important que ce qui se passe dans les scènes. Et quelque part, le jeu avec Ryusuke, c’était avant tout l’écoute, mais ça va au-delà. C’est se brancher aux différentes choses, être à l’intérieur des choses, vivre ces choses-là, augmenter son cœur, être en résonance.
Tao Okamato : J’ai eu le sentiment, au départ, quand j’ai lu ce texte, de ne pas savoir comment j’allais réussir à relever ce défi d’interpréter ce rôle. Cette rencontre entre nous, très électrique, cette alchimie entre nous, nous a vraiment permis à l’une et à l’autre, ensemble, de réussir à donner forme à ce texte.
Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, Prix d’interprétation masculine pour Coward
Emmanuel Macchia : J’ai commencé à m’accepter comme j’étais et je pense que le film parle aussi de ça. Pierre accepte qui il est, ces blessés s’acceptent, toutes ces personnes s’aiment, aussi.
Vincent Campagne : Ce qui fait un bon duo d’acteurs, ce sont des gens qui se comprennent, qui se complètent, qui s’aiment aussi énormément. Pour jouer ensemble, il faut s’aimer profondément, je pense.
Paweł Pawlikowski, Prix de la mise en scène pour Fatherland
Il faut faire des films qui ne sont pas là pour vendre votre narratif. Il faut trouver des personnages multifacettes, pour ainsi dire. On a tous plusieurs personnalités. C’est ça la mission de l’art. Aujourd’hui, il faut faire preuve d’humanisme, d’empathie, d’intelligence. Il faut observer les gens. Tchekhov disait : « Quand un artiste n’est pas là pour enseigner des choses aux gens, il est là pour décrire les problèmes de façon compréhensible.”
Marie-Clementine Dusabejambo, Caméra d’or pour Ben’imana
Quand j’ai entrepris ce film, je voulais moi-même rencontrer mon pays dans toute sa complexité, dans toute sa beauté. Et surtout, ça a été un cheminement où m’a fallu me poser les questions de comment écouter, comment sentir et comment aussi interpréter ou parler.
Federico Luis, Palme d’or du court métrage pour Para Los Contrincantes (Aux adversaires)
De nos jours, en Argentine, la situation politique est très compliquée. Je me suis dit que, en traversant les frontières avec mon art cinématographique, cela pourrait être intéressant pour les Argentins de voir comment les choses se passent au Mexique. Aujourd’hui, dans ce monde globalisé, on peut créer des films qui n’ont pas uniquement un drapeau national. J’espère que ce petit film, cette modeste contribution, pourra resserrer les liens, les coopérations entre nos deux pays.