Adieu ma concubine de Chen Kaige : quand l’opéra de Pékin était encore vivant
Palme d’or 1993 ex-æquo avec La Leçon de piano de Jane Campion, Adieu ma concubine de Chen Kaige (d’après le roman de Lilian Lee) revient à Cannes Classics dans une restauration 4K intégrale, projetée en présence de Gong Li. Premier film chinois à remporter la récompense suprême, le film témoigne, trente-trois ans plus tard, d’un art en voie de disparition : l’opéra de Pékin.
En 1993, Chen Kaige filme l’opéra de Pékin de l’intérieur : l’académie, l’entraînement brutal, les coulisses, le maquillage, les représentations. En suivant Douzi et Xiaolou (Leslie Cheung et Zhang Fengyi), deux enfants formés à cette école, inséparables sur scène dans le rôle du roi et de sa concubine, il capture un art encore vivant, dans ce qu’il avait de plus exigeant. Un art pluriséculaire, mêlant chant, acrobatie, mime et costumes codifiés, que l’UNESCO inscrit en 2010 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Adieu ma concubine, qui révèle par ailleurs l’actrice Gong Li (elle joue Juxian, la femme qui vient s’interposer entre les deux hommes) est devenu, le témoignage d’une époque révolue.
La fresque historique est traversée par la Révolution culturelle qui a failli emporter l’opéra de Pékin avec elle. À l’époque, Newsweek résume le film en une phrase : il fait « défiler plus de cinquante ans d’histoire chinoise. » Entre 1966 et 1976, les troupes sont dissoutes, les artistes persécutés, le répertoire interdit. Seuls huit « opéras modèles » approuvés par la femme de Mao sont autorisés. Revoir le film en 2026, c’est aussi retrouver le témoignage d’un art vivant en voie de disparition.