Rendez-vous avec (le génial) Peter Jackson

Rendez vous avec Peter Jackson © Jean-Louis Hupe

De Bad Taste à King Kong, en passant par Heavenly Creatures, Peter Jackson a construit une trajectoire unique avant de révolutionner le blockbuster avec la trilogie du Seigneur des Anneaux. Présent à Cannes pour recevoir une Palme d’or d’honneur, le réalisateur est revenu sur son parcours, ses doutes, la fabrication de ses films et son amour intact pour le cinéma.

Rendez-vous avec le génial Peter Jackson. 

Sur ses débuts… et son premier choc cannois 

Je tournais Bad Taste le week-end alors que j’étais photograveur. Et puis, soudainement, je suis passé de photograveur à Cannes. Je n’avais aucune expérience de l’industrie du cinéma. Tout à coup, débarquer ici, c’était incroyablement excitant. J’avais l’impression d’entrer dans le monde dont je rêvais depuis toujours. 

Sur la Palme d’or… qu’il n’imaginait jamais recevoir 

Il y a certaines choses qu’on ne s’autorise même pas à rêver. Je n’ai jamais pensé : “Ce serait incroyable d’avoir une Palme d’or un jour”, parce que j’avais simplement l’impression que je ne faisais pas des films de ce type-là.  

Sur la projection de King Kong qui a changé sa vie 

J’avais huit ou neuf ans. J’ai vu qu’un film passait à la télévision chez mes parents : King Kong. Je me suis dit : “Cool, un singe géant.” Mais ce soir-là a complètement changé ma vie. C’est à ce moment précis que je me suis dit : “Je veux faire des films.” 

Sur Heavenly Creatures 

Nous avons travaillé comme des enquêteurs. Nous avons rencontré les policiers, les avocats, les familles, les deux jeunes filles. Tout ce qu’il y a dans le film est basé sur des faits. Même les passages fantastiques venaient directement du journal intime de Pauline Parker. 

Sur la naissance de la trilogie du Seigneur des Anneaux 

Après The Frighteners, nous avions construit toute une infrastructure d’effets spéciaux. On cherchait un projet capable de faire continuer à travailler nos équipes. Et à chaque nouvelle idée, quelqu’un disait : “Ils l’ont déjà fait dans Le Seigneur des Anneaux.” Alors on a fini par se demander : “Pourquoi ne pas essayer d’adapter Le Seigneur des Anneaux directement ?”  

Sur ce qui rend l’œuvre de J. R. R. Tolkien intemporelle 

Ce n’est pas une quête classique. Ils ne partent pas chercher quelque chose : ils partent pour détruire quelque chose. C’est presque une anti-quête.  

Sur la fabrication du Seigneur des Anneaux 

266 jours de tournage. Je n’oublierai jamais, jamais ça… Si nous avions réellement su ce qui nous attendait, nous ne nous serions probablement jamais lancés. C’était trop gigantesque. Mais nous étions naïfs, et cette naïveté nous a sans doute sauvés.  

Sur ses angoisses de réalisateur 

Je conduisais parfois seul vers le plateau en me disant : “Je dois tourner cette scène aujourd’hui… mais je n’ai aucune idée de comment je vais m’y prendre.” Puis j’arrivais sur le plateau et je devais faire semblant de savoir exactement ce que je faisais. Toute l’équipe attend de vous que vous soyez un leader.  

Sur Elijah Wood (présent par ailleurs dans la salle) 

Elijah apportait une énergie incroyablement positive. Même quand j’étais paniqué, il arrivait toujours avec son enthousiasme en disant : “Ça va marcher.”  

Sur l’intelligence artificielle au cinéma 

L’IA ne me dérange pas. Pour moi, c’est simplement un nouvel outil d’effets spéciaux. La seule chose essentielle, c’est le consentement : on ne doit jamais reproduire un acteur ou utiliser son image sans son accord.  

Sur la nuit des Oscars pour The Lord of the Rings: The Return of the King 

Quand Steven Spielberg a ouvert l’enveloppe du meilleur film, il a dit : “It’s a clean sweep. (Il rafle tout)”. Mon fils Billy a cru que le gagnant était un film intitulé Clean Sweep… et il s’est mis à pleurer parce qu’il pensait que nous avions perdu. Spielberg était mortifié quand je lui ai raconté ça après la cérémonie.