Mon Coluche à moi, de Michel Denisot : portrait intime

Souvenirs personnels, témoignages de ceux qui l’ont côtoyé, regard de jeunes artistes : Michel Denisot présente, avec Mon Coluche à moi, un portrait empreint de nostalgie construit en trois volets. Le présentateur signe ainsi son deuxième documentaire pour Cannes Classics, après La Saga Rassam-Berri, le cinéma dans les veines en 2023. Entretien avec celui qui a interviewé Coluche sous l’eau pendant le Festival, dans la piscine du Martinez. 

Pourquoi Coluche ? 

Tout est parti d’une rencontre avec Romain Colucci, son fils aîné, qui m’a demandé d’écrire un texte pour introduire un recueil de citations de son père. En l’écrivant, j’ai réalisé que j’avais des choses très personnelles à raconter. J’ai été assez proche de Coluche pendant les trois dernières années de sa vie, des séquences dont il existe des images. Mais ça ne me paraissait pas suffisant : il y a déjà eu beaucoup de documentaires sur lui. Alors j’ai contacté des artistes et humoristes d’aujourd’hui – Michaël Youn, Jérémy Ferrari, Jérôme Commandeur, Soprano – pour comprendre ce qu’il représente maintenant. Et pour la troisième étape, j’ai voulu travailler uniquement avec des gens qui ne l’avaient pas connu, pour avoir un regard actuel. En particulier des femmes, parce que c’était une époque où la misogynie était assez répandue. Même si Coluche n’était pas misogyne bien sûr, certaines blagues passeraient moins bien aujourd’hui. 

Vous avez découvert des choses en faisant ce film ? 

Oui. Ce qui m’a frappé, c’est l’empreinte qu’il a laissée. Harlem Désir me disait qu’à l’époque, seules deux personnalités avaient un vrai impact dans l’opinion en France : le Président de la République et Coluche. Parce qu’il était libre, indépendant, il ne rendait de comptes à personne. Et sous l’humour, il y avait toujours du fond. Ce n’était jamais de l’humour innocent. Les Restos du Cœur, il a lancé ça comme ça, un après-midi sur Europe 1, c’était d’une sincérité totale. 

Quel souvenir personnel gardez-vous de lui ? 

C’est très intime. On avait des points communs dans l’enfance : on a tous les deux perdu notre père très jeune, on a été élevés par notre mère, assez difficilement. Lui a raté le certificat d’études, moi j’ai raté trois fois le bac. Et pourtant on savait tous les deux ce qu’on voulait faire. Quand je lui ai raconté ça, il n’a rien dit. On est restés ensemble dans le silence. 

Il a marqué les générations actuelles ? 

Ce qui ressort aujourd’hui, ce sont moins ses sketchs que son rapport à la vie sociale, sa façon de défendre tous ceux qui sont mis de côté. C’est pour ça qu’il avait annoncé sa candidature à la présidentielle. Il avait fait la liste de tous les gens qu’on ne défend pas. Et il en parlait à tout le monde. Il a montré qu’on pouvait aller loin, qu’il n’y avait pas de limite, qu’on pouvait être brutal dans l’humour. L’humour, c’est fait pour déranger. Et puis sa vie s’est arrêtée brutalement, sur la route entre Cannes et Opio…