Rendez-vous avec… Tilda Swinton
Son visage diaphane et sa silhouette longiligne se sont transformés d’innombrables fois au gré des projets, et ont fait d’elle une égérie pour plusieurs cinéastes du monde entier. L’actrice écossaise Tilda Swinton était l’invitée du Festival, pour un rendez-vous drôle et spirituel. De Jim Jarmush à Pedro Almodóvar, en passant bien sûr par son meilleur ami Derek Jarman, la comédienne est revenue avec enthousiasme sur son travail et ses relations avec ses amis de cinéma. Morceaux choisis.
Sur ses débuts en tant qu’actrice
A l’origine, je suis écrivaine. Je regrette beaucoup d’avoi été admise à l’université, puis d’avoir dû arrêter et de n’avoir jamais écrit. Devenir actrice ne m’intéressait pas. En revanche, le cinéma m’intéressait, alors je me suis lancée, aux côtés de mon ami Derek Jarman. Je viens de l’improvisation, du bidouillage, de l’expérimental. Ce sont mes racines de cinéma. Lorsque Derek Jarman est mort, en 1994, je n’ai pas seulement perdu mon meilleur ami, j’ai tout remis en question. Qui suis-je ? Où vais-je ? En tant qu’actrice, je ne savais pas si je devais continuer. Et puis, j’ai fini par trouver d’autre familles avec Bong Joon-ho, Jim Jarmush…
Sur ses proches collaborateurs
Quand Jim Jarmusch est venu me voir, il m’a dit : j’ai écrit un rôle pour toi pour un film de zombies. Le personnage s’appelle Zelna Winston, c’est une directrice de pompes funèbres écossaise qui se fait aspirer à la fin dans un vaisseau spatial… C’est comme être un enfant dans un bac à sable : Tout ça, c’est principalement pour s’amuser et amuser les gens autour de soi.
Pedro Almodóvar écrit en talons hauts. Il écrit des histoires fantastiques. Ce n’est pas un naturaliste qui traite de la vie réelle. Ce qui est passionnant avec Pedro, c’est qu’il est mon collaborateur le plus récent, et que depuis toujours, j’étais une fan inconditionnelle de son travail. Il crée un univers qui lui est propre : on sait tous à quoi ça ressemble, quel goût ça a, quelle odeur ça dégage. C’est très enthousiasmant, surtout pour moi qui ne suis ni espagnole ni pulpeuse. Pouvoir enfin entrer dans cet univers, c’est incroyable.
“ Tout va bien ! Le cinéma n’est pas près de disparaître. Il est tellement résilient et tourné vers l’évolution, car c’est une entreprise humaine. ”
Le cinéma a toujours été en constante évolution. C’est un média expérimental. Rien n’y est immuable. Lorsque la Covid nous a frappés, tout le monde a dit que tout allait s’arrêter, mais quand le son a fait son apparition, les studios et les salles avaient déjà dû fermer, c’était une véritable crise, et tout le monde a déclaré que le cinéma était mort. Puis sont arrivés la couleur, la télévision, la vidéo, les DVD et le streaming… Mais tout va bien ! Le cinéma n’est pas près de disparaître. Il est tellement résilient et tourné vers l’évolution, car c’est une entreprise humaine.