Eva : Zoom sur María Plytá, première réalisatrice grecque
La projection d’Eva à Cannes Classics, a aussi pour effet de remettre en lumière l’autrice de ce film radicalement moderne et féministe : María Plytá. Longtemps oubliée, elle est pourtant la première femme réalisatrice de l’histoire du cinéma grec et autrice de dix-sept films. Grâce à une toute nouvelle version restaurée en 4k, Cannes rend hommage à une pionnière.
Quand María Plytá réalise ses premiers films au début des années 1950, le cinéma grec est un monde presque exclusivement masculin. Née à Thessalonique en 1915, d’abord romancière et dramaturge, elle devient par la suite la première femme à passer derrière la caméra en Grèce et signe, entre 1950 et 1972, une filmographie de dix-sept longs métrages.
Tandis que le producteur Filopímin Fínos déclare à son sujet qu’“une femme ne peut pas être réalisateur”, María Plytá propose des mélodrames inspirés du néoréalisme italien, avec un regard attentif aux classes populaires et aux bouleversements de la société grecque d’après-guerre. Ses personnages féminins, Eva en tête, sont en proie à des questionnements qui remettent en question la société patriarcale de l’époque :
Eva, c’est l’histoire d’une femme mariée qui, durant des vacances d’été, entame une liaison passionnée sur une île grecque. À travers ce mélodrame amoureux, María Plytá filme surtout l’enfermement, le désir féminin et la violence des normes, sociales, en général. Quelque part, Eva semble déjà annoncer les prémices de la Nouvelle Vague, en France. Le film est d’ailleurs régulièrement comparé à La Pointe Courte d’Agnès Varda, réalisé deux ans plus tard. En plus de cela, la cinéaste ose un regard – rare pour l’époque – sur le corps masculin, qu’elle n’hésite pas à filmer comme un objet de désir, et sur une héroïne qui refuse de rester à la place qu’on lui assigne.
Une présentation de The Film Foundation’s World Cinema Project.
Restauration 4k par The Film Foundation’s World Cinema Project et la Cineteca di Bologna au laboratoire de l’Immagine Ritrovata, avec la participation d’Alatas Films et Betty-Despoina Kaklamanidou et en coopération avec la Cinémathèque de Grèce. Restauration financée par la Hobson/Lucas Family Foundation.
En présence de Margaret Bodde, directrice générale de The Film Foundation et Betty-Despoina Kaklamindou, enseignante et responsable du projet de recherche Cinéma inconnu de Plyta (PUC).