La Bola Negra de Javier Calvo et Javier Ambrossi : l’impossibilité de communiquer
Acteurs, showrunners, icônes queer en Espagne : Javier Calvo et Javier Ambrossi ont bâti leur popularité avec les séries Paquita Salas (2016), Veneno (2020) et La Mesías (2023). La Bola Negra, leur premier long métrage en Compétition, est un récit choral hanté par Federico García Lorca et, adapté de La Piedra Oscura d’Alberto Conejero : trois hommes, trois époques de l’Espagne fracturée – 1932, 1937, 2017.
Dans La Bola Negra, les tentatives de communication échouent : appels vidéo manqués, une main qui hésite sur un interphone, des silences qui durent trop longtemps. Les réalisateurs ont fait de cette impossibilité le cœur du film : la violence ne réside pas toujours dans ce qu’on fait, mais dans ce qu’on tait.
Le film suit trois hommes sur trois époques différentes, liés par le désir, la douleur et l’héritage. Dans l’Espagne des années 30, Sebastián est un soldat républicain qui aime Rafael, l’amant historique de Federico. Dans le Madrid de 2017, Alberto tente de recoller les morceaux d’une famille fracturée avec sa mère (Lola Dueñas), qui résiste. Entre ces deux histoires, pas de continuité narrative au sens classique – mais une même incapacité à dire, qui traverse les époques. « Nous n’honorons pas assez le combat des générations précédentes d’hommes gays, ce qu’ils ont dû taire », soulignent les réalisateurs. La répression change de visage selon les époques, mais sa mécanique reste la même.
L’œuvre de ceux que l’on surnomme les « Javis » en Espagne a été tournée du nord au sud de l’Espagne, dans des décors naturels, sous toutes les conditions météorologiques. La Bola Negra parle d’une culture, d’un paysage, d’une mémoire collective. Autour d’un casting de jeunes acteurs espagnols, Penelope Cruz et Glenn Close viennent cristalliser cette transmission.
Le film n’est pas une œuvre sur l’un des plus grands poètes espagnols, Federico García Lorca, mais l’écrivain fusillé au début de la Guerre civile espagnole le traverse de bout en bout. Les réalisateurs ont d’ailleurs un souhait : que cet opus donne envie à la jeune génération de foncer vers une librairie, et d’acheter les œuvres de García Lorca, une par une.