La casa del ángel, une certaine réinvention du cinéma argentin à Cannes

LA MAISON DE L'ANGE © Argentina Sono Film

Le cinéma argentin sera présent au Festival de Cannes 2026 avec la projection restaurée de La casa del ángel, œuvre majeure du cinéaste Leopoldo Torre Nilsson. Derrière cette restauration patrimoniale se cache une histoire plus vaste : celle de la naissance d’un nouveau langage cinématographique en Argentine et de l’émergence d’un cinéma qui cherchait alors à s’émanciper de ses modèles traditionnels.  

Buenos Aires, 1920. Ana, une adolescente élevée dans une éducation religieuse, grandit dans un climat oppressant où frustrations, silence et tensions politiques se mêlent. Son père, impliqué dans un scandale financier, fréquente un jeune député qui profite progressivement de son emprise sur la famille pour violer la jeune fille.  

Dans La casa del ángel, Torre Nilsson aborde frontalement le désir, la répression sociale et religieuse ainsi que les violences cachées au sein de la bourgeoisie argentine. Lorsque le film est projeté au Festival de Cannes en 1957, il provoque un choc. À l’époque, le cinéma argentin peine à rivaliser avec Hollywood et le cinéma mexicain est en plein âge d’or. Torre Nilsson réinvente alors son art. Cadrages abrupts, contre-plongées, ombres qui fragmentent les espaces, caméra qui adopte des positions inhabituelles : tout est fait pour rompre avec les codes traditionnels.  

Cette modernité visuelle et thématique marque durablement le cinéma latino-américain. Le film devient rapidement un succès critique et commercial, mais surtout un point de bascule pour toute une génération de jeunes cinéastes qui, dans les années 1960, participeront à la naissance du « nouveau cinéma argentin ». Comme la Nouvelle Vague française au même moment, ces réalisateurs cherchent à filmer autrement leur société, à questionner les rapports de classe, la politique avec une plus grande liberté formelle. Aujourd’hui encore, son influence se retrouve chez de nombreux réalisateurs contemporains comme Lucrecia Martel.  

Près de sept décennies après sa première présentation sur la Croisette, La casa del ángel revient donc à Cannes dans une version restaurée réalisée à partir du négatif original 35 mm noir et blanc et d’un internégatif de première génération conservés dans les archives d’Argentina Sono Film, avec le soutien du Ministère de la Culture de Buenos Aires et de l’INCAA. Cette restauration rappelle à quel point certains films dépassent leur propre récit. Avec La casa del ángel, c’est toute une histoire du cinéma argentin moderne qui est contée.