Les Matins merveilleux : conversation avec Avril Besson, India Hair et Raya Martigny

LES MATINS MERVEILLEUX © EDRICHARD

Avril Besson avait déjà dirigé India Hair et Raya Martigny dans son court métrage Queen Size, nommé aux César 2025, et forme de répétition de ce qui allait devenir Les Matins merveilleux, son premier long métrage. Nous les avons rencontrées toutes les trois à quelques heures de la projection du film en Séance Spéciale.

Les Matins merveilleux, premier long métrage d’Avril Besson, nous emmène en voyage en Twingo avec Charlie (India Hair). Au lendemain du décès de sa grand-mère, elle arrive dans le sud de la France pour livrer une partie de l’héritage, des vinyles disco, à un proche de la défunte. Dans un village de bord de Méditerranée, elle se trouve confrontée au passé de sa défunte mère et va se réinventer au contact de la très libre Marina (Raya Martigny).

Quelle était votre volonté à l’écriture de ce film ?

Avril Besson : À l’origine, j’ai écrit un premier rôle pour India avec tout son côté burlesque puis j’ai eu envie de filmer une femme trans, de confronter une féminité très naïve à une femme très assumée. Marina va apprendre à Charlie qu’elle a le droit de s’écrire, et Charlie va apprendre à Marina qu’elle a le droit de ne pas trop s’écrire. Elles vont déclencher l’une et chez l’autre une envie de simplicité et de bienveillance, de gentillesse et d’humour.

Comment ont résonné ces personnages en vous ?

Raya Martigny : Ce qui m’a parlé chez Marina, c’est qu’elle se sent bien là où elle est, malgré une forme de solitude profonde. Les personnes trans peuvent aussi être heureuses là où elles sont, dans leur village, entourées de personnes. Dans le film, il y a un fil très doux. Les vies de nos personnages sont complexes et parfois, c’est mieux d’en rire que d’en pleurer.

India Hair : Ce que tu viens de dire, c’est vraiment ce qui définit mon personnage, Charlie. Je trouve qu’elle a vraiment quelque chose où elle ne se laisse jamais submerger malgré le deuil. Elle fait toujours le choix de sortir de son émotion pour être avec les gens autour et je trouve ça très beau.

Avril Besson : Il y a un truc très anglais chez toi, India. Tu peux tout le temps jongler entre des émotions contradictoires, être très triste avec un grand sourire. Et ça marche avec ce thème du deuil. Comme quand on est pris d’un fou rire à un enterrement. J’aime ce genre d’ambiance et je trouve que tu l’as dans ta façon de jouer. Sur Queen Size, tu me disais tout le temps : “je n’en fais pas trop ?” alors que moi, j’avais envie de ce côté burlesque.

India Hair : Ça me fait du bien que tu dises ça, parce que moi, j’ai toujours l’impression d’être à côté de la plaque. Mais pour revenir à mon personnage, ce que je trouve très beau chez Charlie, c’est qu’elle va à la rencontre avec un cœur et un esprit ouverts. Finalement, elle va se rencontrer elle-même.

Par quel biais avez-vous traité la transidentité dans ce film ?

Avril Besson : Je me suis placée du point de vue de l’alliée. J’ai eu un ami très proche, trans, pendant mes études de cinéma, et j’ai vécu à la seconde personne la violence qu’il a reçue au moment où on apprenait à faire du cinéma. Je pense que j’avais envie de venger cela dans mon premier film. C’était difficile pour lui de s’assumer en tant qu’artiste alors que c’était déjà très compliqué de s’assumer en tant qu’humain.

Raya Martigny : Ce qui fait du mal, c’est la projection du monde sur nos existences. À travers le film, c’était un plaisir de pouvoir incarner une personne capable d’aider les autres, parce qu’elle-même est parvenue à s’affirmer et à exister. Marina a une connexion à son identité mais aussi à plein d’autres choses, à la nature, à son village, aux gens qu’elle aime. C’est puissant, beau, juste et je pense que beaucoup de personnes se sentiront inspirées par ce personnage. Nous sommes multiples et il n’y a rien de plus précieux.