Park Chan-wook et ses secrets de création : entretien avec le Président du Jury des Longs Métrages

Park Chan-wook, Photocall du Jury Longs Métrages © Amélie Canon

L’un des cinéastes les plus créatifs de sa génération préside cette année le Jury du 79e Festival de Cannes. Park Chan-wook découvre la Compétition en 2004 avec Old Boy et en ressort avec le Grand Prix. Depuis, il continue à nous offrir des trésors baroques et subversifs, de Thirst, ceci est mon sang (Prix du Jury en 2009) à Decision to Leave (Prix de mise en scène en 2022) et, dernièrement, Aucun autre choix. En ce début de Festival, il nous livre quelques-uns des secrets de son processus de création.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus ?

L’inspiration, c’est comme une étincelle qui jaillit lorsque des stimuli extérieurs rencontrent une disposition intérieure. Un peu comme un paratonnerre qui garde ses antennes déployées. Tant qu’on est en alerte, un éclair peut frapper à tout moment. Il peut surgir depuis un livre, un film, une chanson, de l’art, de l’architecture, de la danse, du théâtre ou de n’importe où ailleurs.

Le réel peut-il aussi vous inspirer ?

Bien sûr, que ce soit la presse, les journaux télévisés, voire toutes sortes d’absurdités et de rumeurs qui circulent sur Internet. Et surtout, les êtres humains. Rien ne m’inspire davantage que les gens qui m’entourent et moi-même.

Lors de l’écriture, que vous partagez avec d’autres scénaristes, comment collaborez-vous ?

Je suis incapable d’écrire seul. D’abord, c’est une activité trop solitaire, et ensuite, je deviens trop paresseux. Quand je suis seul, je ne cesse de repousser le travail. Seul, même si j’arrive tant bien que mal à me mettre au travail, je me surprends sans cesse à regarder mon smartphone ou à m’allonger. C’est pourquoi j’ai absolument besoin d’un coauteur. Heureusement, j’ai eu la chance que chacun de mes coauteurs soit talentueux. Nous ne nous répartissons pas les tâches, nous ne travaillons pas dans un ordre fixe. Soit nous écrivons littéralement ligne par ligne, ensemble, soit nous faisons des allers-retours à plusieurs reprises, en examinant chaque mot.

Pensez-vous au style visuel de vos films dès l’écriture ?

Très peu. Si une image me vient clairement en tête, je la note dans le but de l’intégrer au scénario, surtout lorsque l’image est d’une importance particulière dans la transition entre deux scènes. Mais pendant la majeure partie de la phase d’écriture, j’essaie de me concentrer sur l’histoire et les personnages.

Comment effectuez-vous votre travail de documentation ?

Je rassemble des documents et je lis beaucoup, je fais appel à des spécialistes du domaine pour les consulter et j’engage des chercheurs professionnels.

Avant de tourner, est-ce que vous utilisez des supports pour embarquer toute l’équipe dans votre direction ?

Je réalise des storyboards. Je dessine chaque scène du film comme si le montage était déjà terminé.

Et vous laissez place à la surprise sur le tournage ?

Je planifie et je prépare tout dans les moindres détails, mais pendant le tournage, je reste toujours ouvert aux nouvelles idées, qu’elles viennent de moi ou des autres. Si la planification est minutieuse, si tout est parfaitement préparé, il m’est plus facile d’accueillir de nouvelles idées, même les plus folles.

Quelle latitude donnez-vous aux acteurs ?

Je réalise mes storyboards avec minutie pour m’assurer d’avoir suffisamment de temps pour discuter avec les acteurs sur le plateau. Alors que d’autres réalisateurs passent leur temps à réfléchir à l’angle de la prise suivante, je préfère discuter avec les acteurs. De toute façon, le directeur de la photographie met déjà en place les angles conformément au storyboard.

Comment travaillez-vous la musique, si importante dans vos films ?

La musique, bien sûr, insuffle de l’émotion à chaque scène. En elle-même, elle est d’une importance capitale, mais je pense que son plus grand rôle est précisément de donner son rythme à l’ensemble du film. Et, naturellement, ce rythme se crée aussi grâce à des moments de silence, sans musique.

Où trouvez-vous le plus de plaisir à faire des films aujourd’hui ?

Je trouve que l’intermédiaire numérique (qui complète ou remplace l’étalonnage) est une réelle bénédiction de l’ère numérique. Lorsque je retouche avec précision les couleurs et le contraste, je perds complètement la notion du temps. En même temps, quand je vois les grands chefs-d’œuvre réalisés à l’époque de la pellicule, je me rends compte qu’ils ont su créer des images d’une telle beauté et d’une telle finesse sans recourir au numérique que je ne peux m’empêcher d’éprouver une profonde admiration pour les maîtres de cette époque.

Park Chan-wook à Cannes4 films en Compétition, 3 récompenses

HEOJIL KYOLSHIM

(DECISION TO LEAVE) PARK Chan-WookEn Compétition - Longs métrages, 2022
2022 Prix de la mise en scène

MADEMOISELLE

PARK Chan-WookEn Compétition - Longs métrages, 2016
2016 Prix Vulcain de l'Artiste-Technicien, décerné par la C.S.T.

BAK-JWI

(THIRST, CECI EST MON SANG...) PARK Chan-WookEn Compétition - Longs Métrages, 2009
2009 Prix du Jury (Ex-Aequo)

OLD BOY

PARK Chan-WookEn Compétition - Longs métrages, 2004
2004 Grand Prix