Rumeur et désinformation : dans L’Abandon, Vincent Garenq revient sur les derniers jours de Samuel Paty
Selon Vincent Garenq (Au nom de ma fille ; Présumé coupable), « Tout le monde connait le nom de Samuel Paty, mais peu de gens connaissent réellement son histoire ». C’est justement cette histoire que le cinéaste retrace chronologiquement dans L’Abandon, présenté Hors Compétition. Onze jours seulement, qui suffirent à sceller le sort tragique de ce professeur, subtilement incarné par Antoine Reinartz.
Ce nom de Samuel Paty, la France ne l’a pas oublié. C’est d’ailleurs celui que porte désormais le collège de Conflans-Sainte-Honorine, à la sortie duquel, le 16 octobre 2020, ce professeur d’Histoire-Géographie avait été violemment assassiné, puis décapité en pleine rue, au terme d’une escalade de haine et de désinformation sans précédent.
Pourtant, il semble que le titre choisi par Vincent Garenq pose une question : cette mémoire posthume suffit-elle à racheter l’abandon du professeur de la part des institutions au moment des faits, de même que la désolidarisation de certains de ses collègues, validant ainsi la rumeur et le clouant au pilori ? En effet, l’histoire de l’assassinat de Samuel Paty est celle d’un engrenage funeste, où plusieurs responsables entrent tour à tour en ligne de compte. Basé sur les enquêtes et les procès, L’Abandon reconstitue méticuleusement comment, chacun à son échelle, participe un peu plus de la rencontre finale entre la victime et son assassin.
À l’origine, un mensonge. Celui d’une collégienne, comme d’autres adolescents en racontent chaque jour à leurs parents, pour détourner leur regard des absences ou des mauvaises notes. Lors d’un cours d’éducation civique dédié à la liberté d’expression et aux attentats de Charlie Hebdo, perpétrés cinq ans plus tôt, Samuel Paty diffuse les fameuses caricatures du prophète Mahomet. Il prend soin alors de proposer aux élèves mal à l’aise de détourner le regard ou de sortir de la classe. Dès lors, une élève – pourtant absente ce jour-là – répand une rumeur selon laquelle M. Paty aurait exclusivement stigmatisé les élèves musulmans. Et la machine s’emballe. À l’heure des réseaux sociaux, cette affabulation met le feu aux poudres d’une inéluctable descente aux enfers, dont les conséquences dramatiques dépasseront tous ceux qui pensaient la contrôler.
« Malgré cette nervosité et cette peur grandissantes, Samuel Paty ne renonce pas. Il se questionne, s’interroge, mais jamais, à aucun moment, il ne ressent de culpabilité. En revanche, il se sent très seul. » – Antoine Reinartz
Dans les rôles de Samuel Paty et de la proviseure qui l’a soutenu coûte que coûte, deux fidèles du Festival de Cannes : Antoine Reinartz et Emmanuelle Bercot. Tandis que le premier était à l’affiche d’Anatomie d’une chute, Palme d’or 2023, la seconde reviendra pour la onzième fois, après avoir présenté tour à tour des films en tant que réalisatrice (La Tête haute ; De son vivant), et en tant qu’interprète (Mon roi).