Ton animal maternel, le regard de Valentina Maurel
Lauréate du 1er Prix de la Cinéfondation en 2017 pour Paul est là, la franco-costaricienne Valentina Maurel présent cette année au Certain Regard Siempre Soy Tu Animal Materno (Ton Animal Maternel). Un film choral autour d’une mère et ses deux filles, et un retour au Costa Rica natal. Rencontre avec une cinéaste qui creuse, avec ce deuxième long métrage, un sujet de prédilection : les liens familiaux.
Comment est né ce projet ?
Ce projet est né de ma frustration de ne pas avoir pu développer davantage certains personnages dans mon premier film. Je voulais faire un film plus choral, autour de la maternité, de la relation à une sœur, du retour au pays. Et puis un jour, mon compagnon a rêvé que j’allais faire un film sur une mère et ses deux filles — je l’ai pris au mot.
Quelle était l’atmosphère du tournage ? Une anecdote de plateau ?
On a tourné avec une équipe plutôt réduite, dans une ambiance chaleureuse et dans un ordre chronologique. C’était émouvant de voir les relations entre les personnages s’approfondir au fur et à mesure. À force de tourner pendant sept semaines dans le décor principal, et d’y multiplier les graffitis obscènes sur le muret de l’entrée, les voisins ont fini par croire que nous étions une équipe de propagande politique pour la droite évangélique. Nous ne comprenons toujours pas pourquoi ces graffitis les ont conduits à une telle conclusion, mais cela nous a beaucoup fait rire.
Quelques mots sur vos interprètes ?
Je suis toujours gênée de dire tout le bien que je pense de Daniela Marin — j’ai peur que cela ressemble à un éloge indirect de mon travail, puisqu’elle n’a joué qu’avec moi. C’est une grande actrice.
Mariangel Villegas est la grande surprise de ce film. Elle n’avait jamais joué et a fait preuve d’une force et d’une exubérance exceptionnels, indispensables pour incarner Amalia.
J’avais découvert Marina de Tavira dans Roma — frappée par sa présence, à la fois romanesque et intemporelle. Je voulais qu’elle donne au personnage d’Isabel une dimension d’héroïne de cinéma, excessive et intense, mais ancrée dans un réel très banal. Elle a fait preuve d’une élégance et d’une humilité qui nous ont tous tirés vers le haut.
Qu’avez-vous appris ou découvert en réalisant ce film ?
J’ai appris que mes films vont probablement se ressembler les uns aux autres. Je creuse quelque chose de précis et ça me donne un sentiment de cohérence. J’ai aussi compris que j’aime que le cinéma soit un lieu où l’on découvre une vérité pour soi. On fait des films non pas pour apprendre des choses, ni même pour s’y retrouver, mais pour s’y perdre.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir réalisatrice ?
Je viens d’une famille d’artistes où tout a été tenté : la musique, la poésie, le théâtre, la peinture, le cirque. J’aurais pu être une vraie rebelle et devenir médecin, mais j’ai préféré le cinéma, que personne n’avait encore exploré.
Quelles sont vos influences ?
Les cinéastes découverts à l’adolescence : Lucrecia Martel, Greg Araki, Werner Herzog, Cassavetes, Hal Hartley.
Les cinéastes français découverts en arrivant en France : Louis Malle, Catherine Breillat, Rohmer.
Mais surtout des poètes : José Emilio Pacheco, Miyo Vestrini, Robert Creeley, Thierry Metz, Charles Simic.
Deux auteurs russes aussi : Tcheckov et Nabokov.
Pouvez-vous nous parler de votre prochain projet ?
Je crois que ce sera un film d’espionnage. Je veux aborder le milieu des expatriés au Costa Rica, dans lequel j’ai aussi un peu grandi. J’ai envie de parler de ces européens qui se retrouvent là-bas dans d’étranges missions de coopération internationale, dont je ne comprenais rien enfant, et qui finissaient parfois par devenir un peu fous, comme engloutis par le décor. À San José, rien d’une jungle mystérieuse, plutôt une nuit alcoolisée, décadente. Mais quelque chose d’aussi opaque que la jungle y opère, et finit par les avaler.