Le Corset, le regard de Louis Clichy

LE CORSET © Eddy Cinema, Beside Productions, Regular Production, France 3 Cinema, Auvergne Rho^ne-Alpes Cinema, RTBF

Après Astérix : le Domaine des dieux en 2014 et Astérix : le Secret de la potion magique en 2018 aux côtés d’Alexandre Astier, Louis Clichy dévoile un nouveau film d’animation avec Le Corset, présenté au Certain Regard. Il met en scène un père et un fils dans la Beauce des années 80. 

Comment est né ce projet ? 

Le Corset est un projet qui m’accompagne depuis longtemps. Il est né d’une drôle d’image qu’il me plaisait d’animer : un garçon en corset, droit comme un I dans la platitude des champs, qui fait basculer l’horizon lorsqu’il penche la tête. Plus tard, au gré de ma vie de fils puis de père, l’histoire m’est revenue avec la nécessité d’aborder la relation père-fils sur un ton tragi-comique. Dans ce milieu rural encore traditionnel, on est paysan de père en fils de manière immuable, la parole n’est pas facile, l’introspection impossible, les sentiments tabous. Terreau propice aux non-dits, aux frustrations et aux somatisations. C’est ce qui arrive à Christophe quand il se met à pencher. 

Quelques mots sur vos interprètes ? 

En animation, il existe toujours une légère défiance envers les acteurs, leur notoriété et leur image. Pour conserver une forme de réalisme presque documentaire, j’avais décidé de faire un casting sauvage dans la région où se situe l’intrigue, pour trouver les interprètes que nous animerions ensuite. Je préfère toujours une maladresse dans la diction à un jeu trop performé. Dans la famille, seul Rod Paradot, acteur professionnel mais à la formation très autodidacte, interprète le grand frère. Pour les personnages extérieurs au territoire rural, l’organiste, la copine, le prêtre, j’ai fait appel à Alexandre Astier, Brune Moulin, Jean-Pascal Zadi, qui apportent une différence de jeu que j’aime beaucoup. Mais sur un film d’animation, il faut clairement inclure les animateurs parmi les interprètes : ce sont eux qui donnent vie aux personnages et décident de l’acting corporel. 

Qu’avez-vous appris en réalisant ce film ? 

C’est mon 3film, mais vraiment mon 1er film personnel. Au départ, j’avais la prétention de maîtriser totalement ce que je disais de moi. J’avais mis des mécanismes de résistance forts. Mais l’inconscient rapplique aussitôt. Par exemple, j’ai mis du temps à trouver le design des parents de Christophe, je change un nez, une mèche, une attitude, encore et encore. Au bout de quelques mois, je le montre à mes proches : c’est la tête presque parfaite de mes parents. Je ne m’en suis pas rendu compte, le nez collé sur ma feuille. Donc, pour répondre à la question : j’ai appris qu’un réalisateur ne maîtrise pas grand-chose. 

Quelles sont vos influences ? 

C’est d’abord par le son que j’ai été capté par l’animation, les dessins animés Disney racontés sur cassette audio. Et puis je dessinais tout le temps, cette envie ne m’a jamais quitté. C’est toujours par le prisme du son et de la musique que j’aborde l’animation. À la Sorbonne, où je prends une option cinéma, je découvre des réalisateurs comme Moretti et Haneke, rien à voir avec mon film, vous me direz. Mais j’aime la rigueur obsessionnelle de Haneke, sa volonté de ne pas amener de score dans ses films. Et Moretti dépeint tellement bien la famille. Il est difficile de ne pas penser à lui quand on fait un plan sur une famille en voiture.