Rencontre avec Laura Wandel, membre du Jury des Longs métrages
Après Les Corps étrangers, premier court métrage qu’elle réalise seule (Compétition, 2014), Laura Wandel signe deux films à hauteur d’enfant. Un monde, sélectionné au Certain Regard en 2021, nous replonge dans la cour de récré et ce qu’elle peut avoir d’impitoyable, puis L’Intérêt d’Adam, qui a été écrit à la Résidence du Festival.
Pourquoi est-il important pour vous de traiter des difficultés liées à l’enfance ?
J’ai l’impression que, dans nos sociétés, les enfants ne sont pas assez écoutés et mis en valeur parce qu’ils ne rapportent pas d’argent. Pour moi, leur consacrer des films est une manière de leur redonner une place, de leur redonner la parole. Notre être, en tant qu’adulte, se construit dans l’enfance. Ce qu’il se passe, par exemple, dans une cour de récréation, reflète ce qui se joue dans la vie. Tous ces rapports de domination, la peur de l’exclusion, tous ces enjeux d’intégration. C’est là tout le temps et ça fait partie de notre humanité.
On a souvent dit qu’il était difficile de tourner avec des enfants, ce qui ne semble pas dissuader de nombreux jeunes réalisateurs. Qu’en est-il de votre expérience ?
C’est peut-être plus facile pour moi, en tout cas plus ludique, de travailler avec des enfants plutôt qu’avec des adultes. Déjà, ils n’ont pas tout à fait la conscience de leur image. Ce qui est pour moi passionnant, c’est de trouver des manières ludiques de les amener au jeu. Et ce n’est pas pour rien qu’on appelle ça “jeu”. Ils sont très spontanés, très vrais. Cette véracité est plutôt rare. Il y a sorte d’éclosion émouvante à voir chez eux.
Ça vient mettre un plaisir enfantin dans votre travail de cinéaste ?
Oui, tout à fait. C’est très joyeux de travailler avec des enfants. Personnellement, le rythme dans lequel on travaille habituellement ne me convient pas toujours. Là, on est obligé de ralentir et de se mettre à leur hauteur. C’est une autre ambiance, plus calme, plus bienveillante. Ça permet de voir le monde tout à fait différemment.
Quelle importance revêt pour vous le travail de documentation en la matière ?
C’est la base de mon écriture. Je me sens d’abord attirée par un lieu, j’y passe plusieurs semaines en immersion et, de là, naît l’écriture autour de mes observations et des personnes que je rencontre. Les histoires sont dans le lieu.
Quelle méthode adoptez-vous pour tourner des scènes, parfois dures, avec des enfants ?
Les enfants ne lisent pas le scénario, évidemment. Je travaille avec deux coachs enfants extraordinaires pour les amener à l’histoire. La toute première étape consiste à leur faire créer la marionnette de leur personnage, ce qui leur permet de comprendre qu’il s’agit d’un personnage et non de leur personne. On leur explique le tout début d’une scène et, avec leur marionnette, on construit la scène. On leur demande ce qu’il pourrait bien se passer, ce que les personnages pourraient se dire. Ils proposent des choses souvent plus intéressantes que ce que j’avais écrit. Ensuite, on improvise devant la caméra, ce qui leur permet de s’habituer à l’objectif et, là encore, d’autres propositions intéressantes émergent. Enfin, on leur fait dessiner les scènes. On parcourt ainsi tout le scénario dans sa chronologie et ils disposent d’un support visuel pour se repérer pendant le tournage. On retravaille jusqu’au tournage où, une fois encore, ils font de nouvelles propositions.
Quelles sont vos références cinématographiques liées à l’enfance ?
Il y a évidemment Ponette, de Jacques Doillon. Il y a aussi Où est la maison de mon ami ? d’Abbas Kiarostami, et Le Ballon blanc, qui a permis à Jafar Panahi de gagner la Caméra d’or.
Un Monde était filmé à hauteur d’enfant, L’Intérêt d’Adam optait pour un point de vue adulte… Votre prochain projet tournera-t-il autour de l’enfance ?
Si tout va bien, ce sera un film d’époque du point de vue d’une adolescente et sur la condition féminine.