Minotaur de Andreï Zviaguintsev : la guerre en dedans
Fidèle du Festival de Cannes, le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev a déjà marqué la Croisette à plusieurs reprises, notamment avec Le Bannissement, (Prix d’interprétation masculine, 2007), Elena (Prix spécial du Jury Un Certain Regard, 2011), Léviathan (Prix du scénario, 2014), ou encore Faute d’amour (Prix du Jury, 2017). Après avoir également fait partie du Jury des Longs Métrages, présidé par Cate Blanchett, en 2018, il revient en Compétition avec Minotaur, son nouveau long métrage.
Avec Minotaur, Andreï Zviaguintsev aborde la guerre en Ukraine en toile de fond, en tant que cinéaste russe qui s’est toujours positionné à son encontre.
Le film s’installe en 2022, dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il suit une famille russe bourgeoise, composée de Gleb, Galina et de leur fils. La famille vit dans une ville de province où Gleb possède sa propre entreprise. Leur quotidien, comme celui de leur entourage et de leurs concitoyens, va se retrouver bouleversé par le début du conflit. Certains émigrent vers l’Occident, tandis que d’autres sont mobilisés par le gouvernement. Parmi ces derniers, beaucoup d’employés de Gleb, ce qui met en péril sa société.
Dans ce contexte de tension géopolitiques et professionnelles, Zviaguintsev mêle une dimension domestique qui achève de faire déborder la violence de Gleb, lorsqu’il découvre que sa femme le trompe. Cette partie du scénario qui fait pencher le film vers le polar, est directement inspirée de La Femme infidèle de Claude Chabrol. Le film fait un parallèle entre l’entrée en guerre de la Russie et l’implosion intime de cet homme, frustré à tous les niveaux.
Déjà, dans Le Retour, Zviaguintsev abordait la masculinité en crise d’un père de famille tyrannique et imprévisible. Ici, le titre renvoie à la figure mythologique du Minotaure et évoque le monstre bestial qui se cache en chacun de nous.